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SON EXISTENCE REELLE
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Plus loin Béatrice ajoute, s'adressant au coupable :
Afin que tu rougisses davantage
De ton erreur, et qu'une autre fois,
Entendant les sirènes, tu sois plus fort,
Répands tes larmes et écoute.
Tu entendras ainsi comment en un autre sens
Te devait exciter ma chair ensevelie.
Jamais la nature ou l'art ne t'apporta autant de plaisir
Que les beaux membres où
Je fus enfermée, et qui sont dispersés en poussière.
Et si le bonheur souverain t'a ainsi manqué
Par ma mort, quel être mortel
Devait ensuite t'attirer à son désir 1 ?
On ne voit ni comment on pourrait, ni pourquoi il
faudrait prendre de telles paroles au sens purement allégorique
. Une interprétation semblable a le tort d'être
aussi violente qu'arbitraire. Cette « chair » dont se sépare
Béatrice pour devenir esprit, et qui est « ensevelie » ; ces
« membres dispersés en poussière » défient les plus intrépides
svmbolistes.
Les sentiments de Dante pour sa première Béatrice ne
sont pas moins sincères que les réalités jusqu'ici énumé-
rées. Ils naissent manifestement d'une impression sensible
, tant ils respirent la vie et la vérité. Le souvenir de
1 Tuttavia perché me' vergogna porte — Del tuo errore, e perché
altra volta — Udendo le Sirène, sie più forte — Pon giù il seine del
piangere, ed ascolta ; — Si udirai corne in contraria parte — Mover doveati
mia carne sepolta. — Mai non t"appresentô natura od arte — Piacer,
quanto le belle membra, in ch*io — Rinchiusa fui. e che son terra
sparte : — E se il sommo piacer si ti fallio — Per la mia morte, quai
cosa mortale — Dovea poi trarre te nel suo disio ? Purg., xxxi, 43-54.
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