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SON EXISTENCE REELLE
charme et la beauté native de la Vita Nuova consiste précisément
dans cette passion à nulle autre semblable, qui y
parle en vers et en prose. De là jaillit cette constante suavité
d'accent et de langage, qui nous ravit; les constructions
sont choisies selon les exigences de la passion, où les idées
prennent vie et couleur; et le discours apparaît comme
une limpide image du cœur et de l'esprit. Puis un sentiment
de mélancolie profonde, et pourtant aimée, y respire
de toute part, et la religion y entre pour soulager les
douleurs intimes et pour corriger l'amère science du
monde 1. »
Au surplus les considérations qui vont suivre relativement
à Béatrice Portinari ne seront qu'une confirmation de
ce que nous venons d'établir. Nous pouvons donc conclure,
avec les paroles énergiques de Dante, que Béatrice fut vraiment
« une femme en chair et en os, avec ses jointures »,
et ajouter foi entière à Béatrice lorsqu'elle affirme avoir
vécu de la vie mortelle 2.
Le symbolisme exclusif nous met en contradiction avec
les habitudes du moyen âge, avec la méthode et le texte
de Dante, et n'a son origine que dans l'ignorance des
principes théologiques et philosophiques, qui permettraient
de distinguer clairement ce qui se dit de la Béatrice historique
et de la Béatrice allégorique, de celle qui
Partant loin de nos regards
Devint une grande beauté spirituelle 3.
Il nous reste maintenant à démontrer que la Béatrice
dantesque fut bien réellement la fille de Folco Portinari.
1 Giamb. Giuliani. La Vita Nuova, Prefa^ione. ediz. Fir.. 1868.
pp. y-yi. = 2 Cf. Purg.. xxx. xxxi. = 3 Vita Nuova. xxxm.
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