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LE MESSAGER DE LEST
LIEUNX OtI SOUFFLE L'ESPRIT
LABBAFE
P SYLESMES
On ignore généralement que ce n'est que depuis
1833 que la vie bénédictine a ressuscité en France.
C'est en effet à cette époque que Dom Guéranger
a réeintroduit dans notre pays la vie monacale de
Saint Benoit que les bouleversements du siècle et
des régimes avaient effacée de notre sol. Et ce fut
l'abbaye de Solesmes, dont la célébrité n'est plus à
faire, qui fut précisément le centre de cette restau-
ration.
Un radieux paysage que celui de ces rives lon-
geant la Sarthe indolente et au-dessus de la rivière
sinueuse, une masse gigantesque qui se dresse dans
le roc, telle une forteresse du Moyen Age: voilà
l'abbaye de Solesmes.
En 1010, un seigneur de Sablé, Geoffroy le
Vieux, désireux d'assurer à sa famille la prière des
moines, faisait bätir à Solesmes une église et un
monastère. L'histoire des premiers siècles de son
existence est obscure, car au XVI' siècle les archi-
ves avaient été détruites. En effet, en 1425 Sablé
fut assiégé par les Anglais, et les moines accusés
L'église abbatiale vue des marches du maitre-autel
L'Abbaye à l'époque de Dom Guéranger (XVIII- XIX’ s.)
de connivence avec les assiégés virent leur monas-
tère pille et incendié. Une soixantaine d'années
plus tard il se relevait de ses ruines.
Le caractère différent des murs massifs et de la
voute élégante indique très nettement les eépoques
auxquelles est rattachée la construction de l'ab-
baye. Les murs: reste de l'édifice primitif. Les
voütes: travail du XV' siècle destiné à réparer les
dommages de la guerre. La chapelle du tombeau
de Notre-Seigneur est un chef-d'œuvre de sculp-
ture. Tous les personnages sont merveilleux d'ex-
pression. Ils ont été certainement faits d'après na-
ture. Les stalles sculptées du chœur datent de la
meême époque. Solesmes, ainsi que le prouve l'exé-
cution coteuse de ses cuvres d'art, était alors une
riche abbaye mais la richesse des moines ne les
empéchait pas de suivre strictement leur Règle. Puis
vint le XVI' siècle avec les abus causés par la com-
mende. Et l'observance monacale se relacha. La
commende était la direction du monastère prise
par un supérieur non soumis à la Reègle. L'Abbé
commendataire prenait sur les revenus de la maison
la somme nécessaire à son entretien et à celui des
moines et gardait le reste. Pour le roi, c'était un
moyen commode de donner une situation à l'une
de ses créatures. Pendant plus d'un siècle, Solesmes
eut à souffrir de la commende qui en avait fait un
monastère sans Règle et presque sans moines. Au
XVIP siècle, la Congrégation de Saint-Maur s'y
établit, et peu à peu la vie digne et régulière reprit.
De cette époque date la construction des deux ailes
du prieuré.
Puis vint la révolution, la dispersion des moines,
la mise aux enchères de l'abbaye et l'accaparement
de ses richesses. Mais l'acquéreur veilla sur la con-
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