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LE MESSAGER DU RHIN
Et, ä la meme epoque, l'Anglais Fenner declarait ä
ses compatriotes que, « s'ils veulent commerce!"
avec les indigenes voisins de cette escale, ils
doivent apprendre la langue francaise» (P. Deloncle
« Revue des Troupes Coloniales » — Mars 1946).
Cependant, le nom de Goree semble venir des
Hollandais qui, vers 1 590, y construisirent le pre-
mier fort et y resterent pres d'un siecle:
En 1677, pour proteger la route des Antilles,
Colbert fit occuper Goree par l'amiral d'Estrees.
Nous en fümes souvent chasses ensuite par les A_n-
glais. Chaque fois nous y revinmes. Enfin, en 1817,
des rescapes du radeau de «La Meduse» occu-
paient definitivement l'ile pour la France.
*
Pendant ces deux siecles et demi de fortunes diverses
, Goree, ilot inculte de seize hectares de su-
perficie, face ä une terre presque aussi pauvre, sans
voies de communication naturelles avec l'inte-
rieur, ne vecut que d'un seul commerce, mais com-
bien florissant : la traite des noirs. Le jour oü la
traite fut supprimee, la rade oü baigne Goree n'au-
rait du connaitre qu'un role tout ä fait secondaire
d'abri pour les voiliers de passage, si une revolu-
tion dans les moyens de locomotion, la naissance
de la navigation ä vapeur, n'avait rendu necessaire
la Constitution d'un depöt de carburant (charbon,
puis mazout) et d'eau douce entre l'Europe et
l'Afrique et l'Amerique du Sud.
Des Francais le comprirent tres vite et, en 1860,
Faidherbe etant gouverneur du Senegal, l'officier
du Genie Pinet-Laprade fit les premiers releves to-
pographiques de la rade. Goree, trop petit et presque
sans eau, etait inutilisable. On s'installa en
face, sur la cöte appelee M'Dakar, du nom indigene
d'un arbuste qui y pousse abondamment. En 1866,
deux petites jetees sont achevees, mais dejä l'annee
precedente, les « Messageries Imperiales » ancetres
de nos « Messageries Maritimes » y etablissent une
agence.
Les travaux se poursuivent ensuite regulicrement
et des decisions importantes pour l'avenir du port
interviennent ä point nomme : en 188 5, la ligne de
chemin de fer Dakar—St-Louis est mise en Service
et donne au port des facilites de ravitaillement en
vivres et bientot un moyen d'evacuation d'un pro-
duit dont la culture va faire la richesse de tout le
Senegal, l'arachide. En 1898, la construction de la
grande jetee Nord est entreprise et une forme de
radoub de deux cent metres de long est mise en
chantier par la Marine. En 1903, le Gouvernement
General de l'Afrique Occidentale Francaise s'installe
ä Dakar, et la creation d'un grand port moderne
est decidee.
L'extension et l'amenagement du port ont ete
continues sans reläche depuis cette epoque. Les
quelques chiffres suivants en marquent l'impor-
tance : En 1939, on utilisait 4.500 metres de quais
accostables avec des fonds. atteignant 10 metres,
20 kilometres de chemin de fer relies au Dakar-
Niger, des installations d'eau douce d'un debit de
cent tonnes heure, un terre-plein de 32.000m2 pour
le charbon, six reservoirs de 3 5.000 tonnes pour
les carburants liquides et des citernes flottantes
dont trois de 2.500 tonnes, des installations pour
le trafic de l'arachide permettant l'evacuation de
100 tonnes par heure et par navire, enfin des han-
ga'rs pour marchandises diverses, des grues, des re-
morqueurs, des ateliers, etc. .. ., ensemble qui fait
de Dakar un port mondial moderne.
Relie ä l'interieur par-d'excellentes routes et sur-
tout par le chemin de fer Dakar—Niger et ses em-
branchements, dont le troncon principal penetre au
cceur du Soudan, ä Bamako, ä 1.300 kilometres de
la mer, Dakar est le grand centre commercial et
industriel de l'A. O. F. Une grande partie des
600.000 tonnes d'arachides produites annuellement
par le pays y sont embarques pour l'Europe ou
traitees sur place dans des huileries tres prosperes.
Usines a glace et ä electricite, imprimeries, ateliers
automobiles, hotels, y sont en plein essor.
Ce grand port est aussi une escale internationale
pour les paquebots et cargos etrangers qui desser-
yent les lignes de l'Atlantique-Sud, Afrique et
Amerique. C'est ainsi qu'en 1939, vingt-deux Com-
pagnies de navigation etrangeres s'ajoutaient aux
cinq francaises qui y avaient des agences permanentes
et dont les bateaux y faisaient reguliere-
ment escale. Mais il faut tenir compte aussi des
nombreux cargos et voiliers qui font le « tramp »,
le trafic de port ä port a l'initiative des capitaines
ou de leurs agcnts ä terre. Tout cela donnait 6.210
entrees et sorties de navires en 1939 et un trafic de
marchandises de 2.700.000 tonnes metriques.
La guerre 1939—45 amena une diminution con-
siderable d'activite. Mais ce n'est lä qu'un a-coup.
La reprise a dejä ccmmence et tout laisse prevoir
un developpement encore plus considerable qu'avant
guerre. Soucieuse de repondre toujours et d'avance
ä tous les besoins, la France poursuit les travaux
d'agrandissement et d'amelioration du port. II serait
fastidieux d'enumerer les details du plan etabli. Son
importance est marquee par le fait que le rattache-
ment de Goree ä la terre ferme par une digue est
dejä commence.
Le plan actuel offre aussi la caracteristique d'etre
un ensemble interessant toute la presqu'ile du Cap-
Vert aux quatre points de vue maritime, aerien,
strategique et urbain.
Si Dakar en effet est ne de la navigation ä vapeur
, le developpement de l'aviation ne peut qu'ac-
croitre son importance. Derniere escale pour les
bateaux venant du Vieux Monde et qui se dirigent
vers l'hemisphere Sud, c'est aussi le dernier
tremplin pour les avions qui veulent gagner Natal.
Nos aviateurs le comprirent vite, et le 1er juin 1925,
la premiere ligne postale Toulouse—Dakar etait ou-
verte. Mermoz franchissait l'Atlantique Sud, de
Dakar ä Natal, les 11 et 12 mai 1930. En 1935, un
aeroport terrestre s'achevait ä Onakam, ä 6 kilometres
de la ville. II comprenait deux pistes bitu-
mees de 1.000 ä 1.300 metres et 200 metres de
large, des hangars et des ateliers. Une jetee de protection
de plan d'eau de 500 metres, une grue de
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